Xu ZhiGeng

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Xu Zhigeng, né en 1946 à Shaoxing, dans le Zhejiang, s’enrôla dans l’armée en 1964. Il a été reporter au Quotidien de l’Armée de Libération et au Renmin Qianxian (l’avant-garde du peuple), il est à présent écrivain au bureau de création littéraire du département politique de la région militaire de Nankin. Depuis 1974, il publie des œuvres en prose et des reportages. Ses principales œuvres sont la Terre, Formation du personnel à la fois militaire et civil ( écrit en collaboration), un rapport venant du Laoshan, etc. Il a remporté le prix du meilleur écrit lors du 50e anniversaire de la création de l’Armée Populaire de Libération, ainsi que celui du meilleur reportage à l’échelle nationale. Aujourd’hui, il est membre de l’Association des écrivains de Chine du Jiangsu et membre de l’Administration du groupe de création littéraire de Chine au Jiangsu. Des faits irréfutables (Préface Lin Wusun) Le 13 Décembre 1937, l’armée impériale japonaise d’invasion pénétra à Nankin, alors capitale de la Chine. L’occupation vira rapidement au carnage, tueries et pillages se poursuivirent pendant des mois. Du matin au soir, et souvent durant la nuit, les bandes de soldats japonais parcouraient les rues, fusillant des gens au hasard et multipliant les viols, pillages et incendies. Une véritable terreur s’était emparée de la ville, un tiers environ des bâtiments furent rasés, les rues étaient jonchées de cadavres et les eaux du Yangsté voisin charrièrent le sang des victimes des jours durant. Si le nombre exact de victimes de ce bain de sang reste à jamais ignoré, différentes enquêtes menées à l’époque ainsi que juste après la seconde Guerre mondiale permettent de situer à plus de 300 000 . Il y eut 28 grandes exécutions en masse qui décimèrent 190 000 personnes et des centaines d’autres opérations d’extermination au cours desquelles 150 000 personnes furent fusillées, tuées à coups de baïonnettes ou de sabre. Un rapport officiel établi par l’Assemblée municipale provisoire de Nankin à la suite d’une enquête minutieuse évalue le montant des pertes matérielles à 230 millions de Yuans ( le taux de change était alors de 20 yuans pour 1 dollar) Ces atrocités, outre la population locale, plongèrent les étrangers vivant alors à Nankin dans un état de choc. Bientôt, en dépit de la censure sévère exercée par les Japonais, des informations concernant le massacre parurent dans la presse chinoise et occidentale- Le New York Times par exemple publia à la une le 18 Décembre 1937 un article intitulé On a violé Nankin soulevant un tollé dans de nombreux pays qui condamnèrent de telles horreurs. Après la guerre, le tribunal militaire international d’Extrême-Orient installé à Tokyo de 1946 à 1948 passa au crible les événements de Nankin au cours de ces recherches sur les crimes de guerre japonais. A l’issue de l’examen des faits et des témoignages des Chinois et des Américains qui assistèrent aux atrocités, il condamna à mort le général Iwane Matsuie commandant de la 6 ème division de l’armée japonaise en Chine centrale, pour sa responsabilité dans le massacre. Durant le procès qui eut lieu à Nankin en 1946 et 1947, Hisao Tani, commandant de la 6 ème division japonaise, ainsi que deux lieutenants japonais tristement célèbres pour s’être livrés à un macabre concours de décapitations, furent déclarés coupables et condamnés à la pendaison. Toutefois, bien que ces procès aient établis sans l’ombre d’un doute l’existence du massacre de Nankin, les événements ultérieurs- la guerre civile qui éclata en Chine en 1946, la guerre du Viêt-Nam et la guerre de Corée ainsi que les antagonismes et l’animosité générée par la guerre froide continuelle éclipsèrent celle-ci de la scène internationale. Aujourd’hui encore, le monde entier connaît mieux l’holocauste, cette épouvantable tentative d’extermination de la race juive par Hitler, que le génocide des Chinois qui eut lieu à Nankin. Au Japon, notamment depuis la fin des années 70, le parti d’extrême droite cherche à tirer profit de cette situation pour réécrire l’histoire, essayant en particulier de minimiser l’importance du massacre, de jeter un doute sur l’affaire, et finalement de nier complètement les événements. On a publié là bas plusieurs ouvrages visant à propager le fait que le massacre de Nankin était « une fiction » Ishihara Shintaro, auteur de Le déni du Japon, déclara en Octobre 1990 que le massacre de Nankin était « un mensonge » et que « les gens avaient prétendus que les japonais s’étaient rendus coupables d’un holocauste là bas mais c’était totalement faux, il s’agissait d’une histoire inventée de toutes pièces par les Chinois. »Ancien ministre du Conseil et collecteur de fonds du C’est pourquoi aujourd’hui la publication en anglais et en français du présent ouvrage est extrêmement opportune. Le compte rendu vivant, réaliste et détaillé du massacre, l’analyse perspicace des forces qui contribuèrent aux événements et les rapports émouvants des conséquences du massacre sur les victimes et leurs parents font de ce livre un document fondamental. Il aidera le lecteur a déjouer le stratagème visant à justifier le militarisme japonais et , pour une raison où une autre, tous les crimes d’agression en général. En réalité, l’extermination des Chinois sans défense par les militaires japonais durant la guerre ne se limite pas à la ville de Nankin. Après la prise de Shanghai et dès le débarquement de Jinshanwei dans la baie de Hangzhou, les forces expéditionnaires japonaises commencèrent à persécuter la population locale. De véritables tueries eurent lieu à Songjiang, à Suzhou, à Wuxi, à Zhenjiang et dans d’autres villes moyennes situées le long de la route de l’invasion ; En 1938, un article paru dans le Weekly review de Shanghai rapporta que sur les 350 000 habitants de la Ville de Suzhou, il n’en restait plus que 500 après l’occupation japonaise et qu’à Wuxi, dans la seule journée du 10 Novembre, les avions japonais avaient lâchés plus de 160 bombes qui avaient détruit la totalité des usines et des commerces. Un nombre incalculable de soldats et de civils furent tués ou blessés. Selon le journal de guerre d’un soldat japonais, les troupes japonaises tuaient sans distinction les soldats et les civils après la prise de Changzhou. Dans son livre le sens de la guerre : les atrocités des japonais en chine H.J Timperley, reporter au Manchester Guardian, note que des observateurs étrangers neutres avaient découverts à l’occasion d’un voyage dans l’estuaire du Yangtsé que les dégâts étaient loin de se limiter à Shanghai et ses environs. Là bas aussi , la destruction totale des moyens de production et d’existence avait fait plusieurs dizaines de milliers de victimes. Pendant les huit années que dura la guerre, massacres et pillages sévirent dans de nombreux endroits : du Nord est à la ville de Guilin, des provinces côtières du Hebei, du Shandong et du Jiangsu aux provinces intérieures du Hunan et du Henan. Un ouvrage intitulé Les records dues massacres japonais en Chine publié en 1989 par les Editions de L’Armée de Libération, montra que sur les 10 millions de Chinois décimés pendant la Guerre de résistance contre le Japon, la plupart étaient des civils non armés. Durant les expéditions punitives menées par les troupes japonaises dans les bases de résistances chinoises, dont les mots d’ordres étaient « tout tuer, tout piller, tout bruler » on couvrit autant d’atrocités que lors du massacre de Nankin. Et l’expérience de la Chine n’est pas unique. En Corée, au Viêt-Nam, à Singapour, aux Philippines et dans l’ile néerlandaise de Java (actuelle Indonésie), la population eut à subir le joug de ses « libérateurs ». S’il est vrai que les japonais évoquaient au départ l’idée d’une « sphère de coprospérité pour une Asie plus puissante », leurs actes ne tardèrent pas à démasquer leurs véritables intentions qui étaient de conquérir l’Asie et le reste du monde. On est en droit de se demander quel était le sens d’une telle boucherie. La guerre, certes, est toujours cruelle. Cependant, dans le cas d’une guerre d’agression, les assaillants ont souvent recours aux pires extrémités afin d’une part de semer la terreur parmi la population locale et de la réduire à l’asservissement, et d’autre part de déshumaniser leurs propres soldats. En 1987 à New York, lors d’une cérémonie de commémoration du 50 ème anniversaire de la Guerre, Masao Tsukagoe, un sergent de la 12 ème division japonaise a fait la déclaration suivante : « lorsqu’on m’a nommé officier, j’ai soudain pris la tête d’une escouade de cavalerie de 216 soldats et on m’a autorisé à porter un sabre. Je me suis mis à tuer pour le plaisir. J’ai même assisté à des cours où l’on décapitait des gens pour essayer nos nouveaux sabres. » Il admit avoir tué 106 chinois durant les quatre ans de son service en Chine. « Un ouvrage sur la guerre du Japon récemment publié aux Etats-Unis révèle que la dernière épreuve pour les nouvelles recrues japonaises avant leur admission comme soldat consistait à tuer un chinois à la baïonnette ». Les officiers et les soldats japonais qui ont servis en Chine durant la guerre attestent qu’ils avaient reçus l’ordre impératif de tuer les prisonniers de guerre. Asaka Nomiya, commandant des forces expéditionnaires japonaises à Shanghai, supérieur immédiat d’Iwane Matsuie et oncle de l’empereur Hirohito, avait donné l’ordre formel de tous les exterminer. Imaasago Nagajima, commandant de la 16 ème division des troupes japonaises, écrivit en tête de son journal de guerre : « le mot d’ordre était de ne garder aucun prisonnier de guerre, je les ai rassemblés dans un coin et les ai tous fait éliminer. » En dernière analyse, le peuple japonais fut lui aussi victime de cette guerre d’agression. Aux yeux des militaristes japonais 1,5 de soldats japonais qui moururent sur les champs de bataille en Chine où dans d’autres pays d’Asie n’étaient pas plus que de la chair à canon. De même, les civils japonais qui trouvèrent la mort lors des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki furent les victimes d’une guerre injuste. Aujourd’hui la leçon que nous devons tirer de ces douloureuses expériences et que la guerre d’agression menée par le Japon est une calamité et que tous les peuples doivent s’unir pour que plus jamais une telle guerre ne puisse se reproduire. Que plus jamais les hommes ne s’entretuent. Que la paix demeure. Epilogue Que cette page soit définitivement tournée. L’idée d’écrire ce livre m’est venue en 1985, un matin d’été, alors que je traversais à bicyclette le parterre de Beijige où se dresse une stèle commémorative de granit noir parmi les fleurs et les sapins. Sur cette stèle en forme d’éventail est inscrit « Stèle commémorative des martyrs de Beijjige, massacrés à Nankin par l’armée japonaise ». Un grand nombre de personne se recueillaient devant dans un silence de mort. Cette vision a provoqué chez moi un choc violent. Je repassais maintes et maintes fois par cet endroit verdoyant. Le Quotidien de Nankin de ce jour là annonça que 13 stèles commémoratives du massacre de Nankin avaient été érigées dans la ville à l’occasion du 40 ème anniversaire de la victoire de la guerre antijaponaise. Les quelques lignes que l’on trouve dans les manuels d’histoire sur le massacre de Nankin ne me satisfaisait guère. C’est cette insatisfaction qui m’a poussé à faire des recherches sur cette époque. Cette tragédie de l’histoire de notre nation m’a amené à une profonde réflexion : l’Histoire est un miroir reflétant le présent et l’avenir. Mais l’Histoire est aussi pleine de l’odeur acre de la poudre à canon. Dans les archives nationales N° 2 à Nankin, j’ai feuilleté 10 volumes concernant la situation désastreuse dans les zones occupées par l’ennemi. Il suffisait de jeter un coup d’œil sur les titres pour se rendre compte des calamités qui avaient frappé notre nation durant la période du massacre de Nankin de 1937 à 1938 : Terreur à Beiping et à Tianjin, horreur à Jinan, Nantong dans la douleur, triste retour à Beiping, Yangzhou sous l’occupation, Massacre à Guangzhou (Canton), Massacre à Wuchang, Massacre à Shuoxian, Bain de sang au bourg de Lishi, L’enfer de Taiyuan, Xiamen transformé en désert, etc. On compare parfois la guerre à un tremblement de terre. Mais un tremblement de terre est un désastre naturel et la guerre une calamité artificielle. Alors que l’on fait tout son possible pour prévenir l’un, on provoque volontairement l’autre. Les armes deviennent de plus en plus sophistiquées et les bombes atomiques sont légion. L’homme, dirait on, à plus de mal à contrôler ses propres instincts qu’à conquérir la nature. La guerre est un suicide collectif, une atteint à l’humanité. Malgré la fin des hostilités, la haine demeure au fond des cœurs. Sur une centaine de personnes interviewées, seuls quelques vieillards m’ont dit qu’ils ne voulaient plus évoquer le massacre de Nankin parce que la Chine et le Japon étaient désormais en bon termes. La majorité des témoins se sont montrés implacables. « Pouvons oublier ces atrocités ? Le sang ne peut s’effacer »ont déclaré mes interlocuteurs. Je veux dire à la postérité que les soldats japonais ont tués 300v 000 habitants de Nankin. Après ma mort, que mes enfants et mes petits enfants n’oublient jamais cette dette de sang ! » C’est la voix de la dignité et de la vigilance qui pousse la nation chinoise à se redresser et à gagner en puissance. Tout le monde à le cœur lourd en pénétrant dans la salle commémorative des victimes du grand massacre de Nankin située près de la porte de Jiangdong. Devant les ossements de leurs compatriotes, les Visiteurs versent des larmes amères et expriment leurs sincères condoléances. En sortant de la salle, ils ont du mal à refouler leur colère. Certains ont voulu détruire les climatiseurs Mitsubishi, d’autres ont exigé que l’on cassât la « Cloche gardienne des âmes » haute d’un mètre offerte par des japonais. Les reproches pleuvaient sans arrêt sur les employés : « Comment ose-t-on utiliser des objets japonais dans un tel endroit ? » « Pourquoi la Chine n’a-t-elle pas demandé une indemnité de guerre ? » « Pourquoi cette salle commémorative n’a-t-elle été construite que 40 ans après ? » Des chinois d’outre mer insistaient pour savoir si les visiteurs japonais venaient nombreux, et ce qu’ils pensaient de cette manifestation. Un reporter italien, bouleversé, se mit à traiter les japonais de fascistes, criant qu’il voulait les accuser devant le monde entier. Il filma l’objet de sa tristesse et de son indignation. Les employés de la Salle commémorative comprennent les sentiments des visiteurs. Ils ont dérobé à la vue du public le logo de Mitsubishi et replacé les cadeaux des japonais dans la salle des hôtes distingués, rarement ouverte. Ils expliquent patiemment aux visiteurs que de nombreuses organisations japonaises sont venues présenter leurs condoléances, leur repentir et leurs excuses et jurer que le Japon ne combattrait jamais plus la Chine. Le 20 Février 1987, deux diplomates soviétiques visitèrent la salle commémorative et inscrivirent ces mots sur le livre d’or : « Nos sincères condoléances aux martyrs de Nankin dont le sort nous consterne et nous bouleverse. Nous devons absolument lutter sans relâche pour que pareils événements ne se renouvellent pas, jamais et nulle part. » Un japonais de Hiroshima m’offrit un insigne orné d’une colombe. Battant des ailes, l’oiseau volera dans le ciel au dessus des mers. Que cette page de l’Histoire soit définitivement tournée !Le massacre de Nankin, dans la Collection Panda Editions Littérature Chinoise,1995.7 |
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