BEIJING, 17 décembre 2012 (Xinhua)

Le 23 août, le Point a publié un article intitulé "L'intrigante réussite des Chinois de France", qui a fortement irrité la communauté chinoise en France.

Le 10 décembre, SOS Racisme, une association antiraciste française, avec le soutien de L'AJCF (L'association des jeunes chinois de France), a annoncé avoir engagé des poursuites pour cet article à l'encontre du directeur de l'hebdomadaire M. Franz Olivier Giesbert, pour délit de "diffamation raciale publique". C'est la première fois que SOS Racisme agit avec le soutien d'une association asiatique.

Face aux critiques, Franz-Olivier Giesbert a déclaré de son côté : "On est peu désolé que cette histoire ait été prise au premier degré, alors que c'était de l'humour, une forme d'humour qui n'est pas passée."

Cependant, le prétexte d'humour n'est pas accepté par l'AJCE. "Ces informations (dans l'article) sont complètement fausses", s'est insurgé Olivier Wang, secrétaire général de l'AJCF, dans une interview accordée à Métro, "D'après l'article, on ne paie pas nos impôts, ni nos charges sociales". A l'égard du "mode d'emploi du succès" à la chinoise décrit dans l'article, "Nous travaillons, c'est tout", a-t-il avancé.

"L'article est insultant et dégradant et nuit à la réputation de tout un groupe ethnique", a déclaré Rui Wang, le porte-parole de l'association, qui a également déploré des "généralisations sur les femmes chinoises dépeintes comme des prostituées".

Même le magazine français Lekiosk s'est demandé dans un article "comment un titre de presse aussi noble que Le Point a pu laisser passer un article dont 'le racisme évident ne peut pas être questionné', selon l' AJCE".

Cependant, l'article du Point n'est pas un cas isolé, et ce n'est pas la première fois que la presse française agace la communauté chinoise en France. En novembre dernier, le Parisien a publié un article à sensation, intitulé "Comment la mafia asiatique prospère en France", qui a suscité un rassemblement organisé par des associations chinoises pour dénoncer "la banalisation" des clichés contre la communauté.

En plus de paroles méprisantes et racistes, la communauté étrangère fait également souvent l'objet d'actes de délinquance.

Le 20 juin 2010, environ 10 000 personnes sont descendues dans la rue dans le quartier de Belleville pour se plaindre d'agressions dans le quartier par des délinquants persuadés de leur impunité face à des étrangers en situation irrégulière et porteurs d'argent liquide.

Tout cela illustre un agacement grandissant chez la communauté étrangère de France.

En France, un pays qui brandit toujours la devise "Liberté, Egalité, Fraternité", le dénigrement des immigrés n'est pas nouveau. Derrière le ton satirique, le prétexte d'humour, les agressions fréquentes, se cache l'idée que l'immigration serait responsable de tous les problèmes sociaux français, tels que les déficits sociaux, le taux de chômage élevé, le ralentissement de la croissance.

La France, terre d'accueil depuis longtemps, se trouve parmi les pays les plus attirants pour les immigrés, dont la plupart proviennent du Maghreb et de l'Afrique subsaharienne. En 2010, la France compte, selon la définition internationale des Nations unies, 7,2 millions d'immigrés, soit 11,1 % de la population.

Les immigrés, qui y travaillent et paient leurs impôts, ont beaucoup contribué au développement économique et social de la France. Même l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) estime que les immigrants jouent un rôle décisif dans la croissance économique à long terme et invite les pays à ne pas fermer leurs frontières, même en temps de crise.

Afin de mettre en avant l'importance des immigrés, Martin Hirsch, ancien Haut-Commissaire aux solidarités actives, a publié en mars dernier un article intitulé "Moins d'immigrés, une France faible" dans le Journal du Dimanche.

Dans son article, il fait état d'une étude réalisée par l'université de Lille I, qui illustre la forte contribution des immigrés à la société française. "Selon cette étude, le bilan des coûts et des contributions des migrants au financement de la protection sociale produit un bilan positif de 3,9 milliards d'euros. La contribution nette globale de l'immigration aux budgets publics serait, quant à elle, de l'ordre de 12 milliards d'euros. L'étude estime que l'arrêt de l'immigration aujourd'hui creuserait le déficit de la protection sociale à hauteur de 1 % du PIB à l'horizon 2030."

Compte tenu de la contribution aux budgets publics apportée par les immigrés, "Le maintien d'un modèle social protecteur n'est pas menacé par l'immigration. C'est la cohésion sociale qui est menacée quand on fait croire à l'opinion publique que les immigrés sont les responsables de maux qui nous appartiennent, et qu'il nous appartient de résoudre", a-t-il conclu.

Face à une série de problèmes sociaux liés à la crise de la dette, au chômage élevé, etc., il semble plus sage et plus utile pour la France de renforcer la cohésion sociale que de dénigrer les immigrés de diverses façons, sous prétexte d'humour ou non.

Afin de reconstruire la cohésion sociale, il faut tout d'abord des excuses sincères de la part du Point.

- Par ZHANG Man